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vendredi, mars 27, 2015

la lèvre, le pied, le col et le vase (1)

Exposition de Philipe Godderidge
"Matières premières" 
à
l'école municipale de dessin 
de Saint-Lô

Première approche, premières impressions, en confrontant  ses propos  à quelques   quatrains
de Khayyam:


"le pot est quelque chose de très proche de nous. C'est une enveloppe constituée autour d'un vide. Il y a une relation anthropomorphique très forte entre le corps et a poterie. 
Le vocabulaire de la poterie avec "le cul", "le col "ou" la lèvre"est celui du corps humain" 
.....
IX
"Ce vase, ainsi que moi, fut autrefois un douloureux amant 
   Avidement il s’est penché vers quelque cher visage.
Cette anse que tu vois à son col,
C'est un bras qui jadis enlaçait un cou bien-aimé."

Khayam, Quatrains



"Je m’aventurai un jour dans l’atelier d’un potier
J’y vis le maître à son tour assidûment travailler
Il pétrissait insoucieux pour en former col ou anse
Le crâne vide des princes et les phalanges des gueux "

Khayyam (ibidem)


"
"La coloration au silicate d'alumine est un travail proche de la peinture (...)

La céramique est une pratique lourde et complexe à mettre en oeuvre.
Il y a beaucoup de temps d'attente entre le séchage et la cuisson.

Le dessin m'a toujours servi à ne pas perdre  le fil du travail pendant ce temps d'attente.
Avec le dessin, je garde a même relation à la terre puisque j'utilise tout ce qui traîne dans l'atelier:de la terre, du brou  de noix, etc."





"Lorsque je crée une pièce, je tape dessus, je recommence, je me débrouille.

L'expérimentation fait que l'on arrive à des recettes. Je cuis et je recuis jusqu'à ce que je décide que c'est bon ou raté "

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"Hier au bazar, je vis un potier qui, fébrile
De nombreux coups de pieds frappant un tas d’argile
Et cette boue alors s’est mise à murmurer
Las ! J’étais comme toi, laisse-moi tranquille ! "

Khayyam 
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"Est-ce que la nature est belle?" se demande Philippe Godderidge




Réflexions sur la forme et l'informe:


 (...) "ma pensée se la représentait sous une infinité de formes diverses; ou plutôt ce n’était pas elle que ma pensée se représentait, c’était un pêle-mêle de formes horribles, hideuses, mais pêle-mêle de formes que je nommais informe, non pour être dépourvu de formes, mais pour en affecter d’inouïes, d’étranges, et telles qu’une réalité semblable offerte à mes yeux eût rempli ma faible nature de trouble et d’horreur. Cet être de mon imagination n’était donc pas informe par absence de formes, mais par rapport à des formes plus belles. Et cependant la raison me démontrait que, pour concevoir un être absolument informe, il fallait le dépouiller des derniers restes de forme, et je ne pouvais; j’avais plutôt fait de tenir pour néant l’objet auquel la forme était refusée, que de concevoir un milieu entre la forme et rien, entre le néant et la réalité formée, une informité, un presque néant.
Et ma raison cessa de consulter mon esprit tout rempli d’images formelles, qu’il varie et combine à son gré. J’attachai sur les corps eux-mêmes un regard plus attentif, et je méditai plus profondément sur cette mutabilité qui les fait cesser d’être ce qu’ils étaient, et devenir ce qu’ils n’étaient pas; alors je soupçonnai que ce passage d’une forme à l’autre se faisait par je ne sais quoi d’informe, qui n’était pas absolument rien. Mais le soupçon ne me suffisait pas; je désirais une connaissance certaine."
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A propos de Khayyam

http://www.khayyam.info/french/default.htm

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A propos de Khayyam

http://www.khayyam.info/french/default.htm



mardi, mars 24, 2015

Derrière la porte





Pan ! Pan ! Pan ! Qui frappe à ma porte ?
Pan ! Pan ! Pan ! C’est un jeune faon
Pan ! Pan ! Pan ! Ouvre-moi ta porte
Pan ! Pan ! Pan ! Je t’apporte un paon
Pan ! Pan ! Pan ! Ouvre-moi ta porte
Pan ! Pan ! Pan ! J’arrive de Laon
Pan ! Pan ! Pan ! Mon père est un gnou
Né on ne sait où,
Un gnou à queue blanche
Qui demain dimanche,
Te fera les cornes
Sur les bords de l’Orne. 


(Robert Desnos, Chantefables, 1944-1945)

samedi, mars 21, 2015

Aristochats





Je ne vais pas m'exclamer:

"Quelle tuile!"

mais 
"quel bel  épi de faîtage!"

lien ici 



Et je ne vais pas non plus qualifier  de 
"chats de gouttières"


                                                                  ces aristochats

 dont les yeux sont de jolies billes en verre.

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Si la nuit tous les chats sont gris
Sous le ciel bleu
Les aristochats miaulent  par deux.
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MissY

mercredi, mars 18, 2015

Petits doigts d'or (2)


Madame Corbel a fait une démonstration des diverses opérations de l'enluminure.
La peau choisie  doit avoir été préalablement  grattée, amincie, rendue imputrescible et adoucie à la pierre ponce, c'est la tâche du peaussier.

Un dessin est réalisé au crayon, puis vient l'application de la feuille d'or à 23 carats.
L'or est acheté chez des batteurs d'or, à Paris ou en Savoie.


Une colle,appelée gesso, légèrement humidifiée sera utilisée .

Madame Corbel va souffler dans un cylindre en papier pour  produire de la buée, elle presse légèrement la feuille d'or sur la boule de gesso, pour l'appliquer ensuite sur le parchemin.
La parcelle d'or acquiert relief et brillance.


Après quoi, à l'aide d'un chiffon sec, elle enlève les petites chutes et , avec une dent de loup (agate taillée en forme de croc), elle polit les motifs dont elle précise les contours à la plume.

Pour les larges à-plats des fonds,elle utilise de l'or en poudre mélangé avec de la gomme arabique et de l'eau.


Pour l'application des couleurs, avec des pigments d'origine animale, végétale ou minérale, l'artiste peint à la tempéra (liant à l'oeuf).
 Après avoir versé quelques gouttes de tempéra diluée à l'eau sur les pigments , elle se sert de pinceaux en poils de martre de bonne qualité, pas nécessairement très fins.


Les styles qu'elle pratique sont variés: médiéval, renaissance et XVII ème siècle, oriental, russe...


Madame Corbel  travaille sur commande, 
pour des particuliers  des municipalités, des institutions  qui lui demandent blasons, faire-parts, des livres d'or, décors sur reliure (la reliure était d'ailleurs sa formation de base) , restaurations d'éventails etc.


Elle anime également des ateliers:

-une fois par mois, près de Caen,
 -une fois par an dans son atelier(Le Teurtrel de Haut à Notre-Dame de Cenilly)
 -le 8 juillet au musée Tancrède à Hauteville-La -Guichard.

Une exposition de ses oeuvres est programmée cet été au château de Balleroy.


Elle fait aussi découvrir son métier à des scolaires, à l'aide de  démonstrations et de sa riche documentation:
ci-dessus, une feuille d'acanthe séchée, ce motif floral stylisé, étant très présent dans le domaine artistique, aussi bien dans l'architecture que dans l'enluminure.


Précise, disponible et souriante, Madame Corbel nous a fait vivre un moment merveilleux, hors du temps!
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http://www.cotemanche.fr/2015/01/14/de-la-poudre-d%E2%80%99or-au-bout-des-doigts/

lundi, mars 16, 2015

Un écrin pour oeuvres d'or (1)

Marine Corbel a reçu deux groupes des amis des musées municipaux de saint-Lô, dans son atelier d'enlumineur, au Teurtrel de Haut à Notre-Dame de Cenilly .

Après avoir suivi  une formation de relieur au lycée Cornu de Lisieux, elle s'est mise par hasard  à l'enluminure, qu'elle pratique depuis 25 ans.

Notre région contient de merveilleuses enluminures médiévales, conservées au scriptorial d'Avranches:les manuscrits du Mont-Saint-Michel.

Madame Corbel nous a tout d'abord présenté  différentes peaux de parchemin (mouton, chèvre, veau, dont le nec plus ultra , le  vélin, provient d'un animal mort-né).



Le parchemin a une longue histoire.
Son étymologie, pergamena,  nous ramène à la ville de Pergame (en Asie mineure, l'actuelle Turquie), productrice de ce matériau dans l'Antiquité.
Au II ème S. avant J-C sa bibliothèque , riche de 20 000 volumes rivalisait avec celle d'Alexandrie.

L'essor du parchemin à Pergame s'explique par l'interdiction de Ptolémée V d'exporter des papyrus égyptiens.Les premières enluminures , peintes sur ce support dans le  Livre des Morts dataient de l'Egypte pharaonique.



Cet pièce -atelier est un véritable écrin , depuis les poutres décorées de nombreuses maximes en latin, jusqu'aux murs tapissés d'ouvrages de référence et de réalisations personnelles, comme cette interprétation d'une gravure de Nicolas de Larmessin  "l'habit de parfumeur"(vers 1700)

Lien personnel ici 





Le mot "enluminure"vient du latin "illuminare":"rendre lumineux, éclairer."


La qualité du parchemin est choisie en fonction du travail à réaliser.

En France, les parcheminiers sont localisés dans le sud(en Ardèche par exemple)
La peau est grattée, amincie, rendue imputrescible et adoucie à la pierre ponce.




Les pigments utilisés sont d'origine végétale ,minérale,animale

Sur la palette à côté de la molette en verre bleu posée sur du verre dépoli,nous remarquons  un éventail de couleurs dont les noms et l'origine font rêver:
-le noir d'os, ou de vigne, pigments bon marché qui ont remplacé le noir d'ivoire,ce matériau précieux étant prohibé,
-le jaune de Naples, interdit en France mais diffusé par certaines marques italiennes,
- l'ocre jaune,
-le vert de malachite et le prestigieux lapis lazuli.




































http://www.cotemanche.fr/2015/01/14/de-la-poudre-d%E2%80%99or-au-bout-des-doigts/

jeudi, mars 12, 2015

Cancans et vie de château




Ce château , un peu kitsch,  parfois considéré comme  le  "château de la princesse autrichienne "dans la mémoire locale
- "dierie" ou cancan: pourquoi pas Sissi? 
était en réalité celui d'une américaine,Clara_Ward (1873-1916), princesse de Chimay, qui le fit construire sur les plans de l'architecte Roberti, d'où son nom:le château de Chimay




Achevé en 1914, il ne recevra jamais sa propriétaire mais fut réquisitionné au début de la première guerre mondiale pour abriter les recrues du camp d'instruction de l'armée belge de Carteret 

Clara Ward, née à  Détroit avait épousé, à l'âge de 17 ans, Joseph de Riquet (1858-1937) , Prince de Chimay et de Camaran (Belgique), alors âgé de 31 ans.
Ce prince était  membre de la chambre belge  des Représentants(autrement dit, des députés) 




L'union de Clara Ward et de Joseph de Riquet dura sept ans, de 1890 à 1897, deux enfants naquirent.
Le  couple  ne se montra guère sur la plage barnevillaise, mais fréquenta beaucoup les restaurants et cabarets parisiens à la mode.
Une lithographie de Toulouse -Lautrec de 1894 intitulée "A princely Idyl", Clara Ward, en témoigne.

Après avoir divorcé , Clara Ward épousa un violoniste  hongrois, féru de musique tzigane,  rencontré à Paris, Rigo Jancsi,et tous deux menèrent une vie de"people" , selon le terme actuel, Toulouse Lautrec  les portraitura en 1897.

La photo ci-dessous figure sur le site :
http://nighttraintodetroit.com/2011/09/02/the-princess-the-gypsy-and-the-cake/ 
qui donne la recette du gâteau  "Rigo Jancsi"

Recette en français là 


Puis vinrent deux autres divorces et deux remariages.
Clara Ward mourut à Padoue à l'âge de 43 ans . 

 Le film Can-can , de Walter Lang (1960) s'inspire de sa vie: Shirley mac Laine y joue  Simone Pistache avec pour partenaire Franck Sinatra.
Vidéo ici
Deux critiques contrastées  à propos de  ce  film ici et
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Comme la vie de château, de nos jours , n'a plus cours,  la villa cossue a  été modifiée, agrandie sur ses ailes et transformée en appartements

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Photo 4 :Chromolithograph (German-made) of Clara Ward on an English post card. About 1905. Owned by and scanned and retouched by Tim Ross, who releases all rights. 

Cartes postales anciennes  ici
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Le château du Souvenir


La main au front, le pied dans l'âtre, 

Je songe et cherche à revenir, 

Par delà le passé grisâtre, 

Au vieux château du Souvenir.



Une gaze de brume estompe 

Arbres, maisons, plaines, coteaux, 

Et l'oeil au carrefour qui trompe 
En vain consulte les poteaux.

J'avance parmi les décombres 
De tout un monde enseveli, 
Dans le mystère des pénombres, 
A travers des limbes d'oubli.

Mais voici, blanche et diaphane, 
La Mémoire, au bord du chemin, 
Qui me remet, comme Ariane, 
Son peloton de fil en main.

Désormais la route est certaine ; 
Le soleil voilé reparaît, 
Et du château la tour lointaine 
Pointe au-dessus de la forêt.

Sous l'arcade où le jour s'émousse, 
De feuilles, en feuilles tombant, 
Le sentier ancien dans la mousse 
Trace encor son étroit ruban.

Mais la ronce en travers s'enlace ; 
La liane tend son filet, 
Et la branche que je déplace 
Revient et me donne un soufflet.

Enfin au bout de la clairière, 
Je découvre du vieux manoir 
Les tourelles en poivrière
Et les hauts toits en éteignoir.

Sur le comble aucune fumée 
Rayant le ciel d'un bleu sillon ; 
Pas une fenêtre allumée 
D'une figure ou d'un rayon.

Les chaînes du pont sont brisées ; 
Aux fossés la lentille d'eau 
De ses taches vert-de-grisées 
Étale le glauque rideau.

Des tortuosités de lierre 
Pénètrent dans chaque refend, 
Payant la tour hospitalière 
Qui les soutient... en l'étouffant.

Le porche à la lune se ronge, 
Le temps le sculpte à sa façon, 
Et la pluie a passé l'éponge 
Sur les couleurs de mon blason.

Tout ému, je pousse la porte 
Qui cède et geint sur ses pivots ; 
Un air froid en sort et m'apporte 
Le fade parfum des caveaux.

L'ortie aux morsures aiguës, 
La bardane aux larges contours, 
Sous les ombelles des ciguës, 
Prospèrent dans l'angle des cours.

Sur les deux chimères de marbre, 
Gardiennes du perron verdi, 
Se découpe l'ombre d'un arbre 
Pendant mon absence grandi.

Levant leurs pattes de lionne 
Elles se mettent en arrêt. 
Leur regard blanc me questionne, 
Mais je leur dis le mot secret.

Et je passe. - Dressant sa tête, 
Le vieux chien retombe assoupi, 
Et mon pas sonore inquiète 
L'écho dans son coin accroupi. [...]
Théophile Théophile Gautier (1811-1872) Emaux et Camées

lundi, mars 09, 2015

Escalade


A UNE CHATTE


Chatte blanche, chatte sans tache,

Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas




Ton museau que ton nez termine,
Rose comme un bouton de sein,
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnant et blèmes,
Passer le printemps et l'été?








Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s'efface,

Où va la pensée, où s'en vont
Les défuntes splendeurs charnelles? ...
Chatte, détourne tes prunelles;
J'y trouve trop de noir au fond.


Charles Cros, (1848-1888)le Coffret de Santal